Bilan du 3e Forum Mondial Sciences et Démocratie (Tunis, mars 2013)

Rappel des enjeux initiaux du Forum Mondial Sciences et Démocratie (FMSD)

Le Forum Mondial Sciences et Démocratie (FMSD) est le résultat d’une initiative lancée en 2007 au Forum Social Mondial (FSM) de Nairobi pour pallier le manque avéré de dialogues de nature politique entre les mouvements sociaux et celui que l’on pourrait qualifier, un peu hâtivement, de « monde de la recherche ». Cette idée a fait son chemin et les deux premières éditions du FMSD ont pu se tenir en marge des FSM de 2009 et 2011, respectivement à Belém (Brésil) et Dakar (Sénégal). D’une période d’apprentissage mutuel entre les acteurs impliqués, la situation a évolué vers des échanges d’expériences et même au-delà puisque des ébauches de projets conjoints ont émergé. La 3e édition du FMSD qui s’est tenue à Tunis du 23 au 25 mars 2013 avait pour ambition de renforcer les acquis des quatre années précédentes et d’aborder plus en profondeur les thématiques chères au FMSD et plus largement au champ Sciences et Sociétés à savoir : la responsabilité des scientifiques, les biens communs, les enjeux éducatifs du 21e siècle, les formes alternatives de recherche, la vigilance à l’égard des technologies émergentes, le rapports au(x) savoir(s), la gouvernance de la recherche, la transition…

Rappel de l’action envisagée par le Forum Mondial Sciences et Démocratie

Le processus du Forum Mondial Sciences et Démocratie est un processus au long cours. Les acteurs (associations, organisations non gouvernementales, syndicats, laboratoires de recherche, universités, etc.) qui s’y investissent en définissent collectivement les contours et la teneur, élaborent des questions communes, font émerger des sujets, des méthodes. Autrement dit, les actions envisagées dans le cadre de ce processus qui se double d’un espace de dialogue lors de rencontres internationales bisannuelles sont à penser en termes d’élargissement du spectre des acteurs impliqués (élargissement géographique, thématique, « socio-culturel », intergénérationnel, etc.) et de projets communs.

Deux ans après le début du Printemps arabe, moins d’un an après le Sommet des Peuples de Rio, le secrétariat international du FMSD, composé de la Fondation Sciences Citoyennes et de l’Association Française des Petits Débrouillards, se devait de réunir les conditions pour que les organisations et institutions concernées par le processus du FMSD depuis les précédentes éditions puissent côtoyer des « néo-entrants » – en particulier ceux venant du pays hôte à savoir la Tunisie – dont les attentes et perspectives ne sont pas toujours du même ordre, le tout dans un contexte politique agité et relativement difficile à « cerner » du fait de son caractère mouvant.

Analyse de l’action du Forum Mondial Sciences et Démocratie

La préparation du 3e FMSD : nouveaux outils et missions préparatoires

Pour que la 3e FMSD réponde à la fois aux attentes des participants et des organisateurs, le processus s’est doté d’un nouveau site internet et a poursuivi son déploiement sur les réseaux sociaux. Le nouveau site a offert la possibilité à tout un chacun de proposer une activité pour le forum et d’entrer en relation avec les porteurs d’ateliers ou les organisateurs. Par ailleurs, plusieurs missions préparatoires ont été organisées à Tunis. Une première a permis une prise de contact avec des enseignants et la direction de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis (FSHST), la seconde relevait d’une participation à une réunion conjointe de présentation des enjeux du FMSD et du FSM. Enfin, une troisième plus longue avait pour but de favoriser la promotion du FMSD auprès des étudiants et enseignants de plusieurs universités à Tunis et de vérifier que les conditions étaient réunies pour organiser le 3e FMSD.

Un engagement des acteurs malgré un contexte politique complexe

L’assassinat de l’avocat et défenseur des droits de l’Homme Chokri Belaid le 6 février 2013, soit à moins de deux mois de la tenue du 3e FMSD, a quelque peu perturbé la fin de la préparation du forum tunisien. Malgré cela, et fortes des signaux rassurants envoyés par les relais du processus à Tunis dans les semaines qui ont suivi ce tragique événement, les organisations investies dans le FMSD depuis sa création ont poursuivi la préparation des ateliers et tables rondes. Bien leur en a pris car aussi bien en termes d’accueil que de « sécurité », le 3e FMSD s’est déroulé de la meilleure des manières.

Un investissement conséquent de la structure accueillante (FSHST)

À Dakar, l’implication d’une ONG « locale », Enda-Diapol, et de l’antenne sénégalaise du Centre de recherches pour le développement international (CRDI, une société d’État canadienne ayant pour objectif la résolution de problèmes locaux dans les pays en développement via les sciences et les technologies) avait été pour bonne part dans la réussite du 2e FMSD en 2011. À Tunis, les organisateurs du FMSD, notamment grâce aux différentes missions préparatoires, ont pu s’appuyer sur la direction, le personnel, les enseignants et les étudiants de l’établissement-hôte, la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis. Le soutien et l’aide apportés ont permis de dynamiser l’édition 2013 et d’en faire un forum plus ouvert qu’il ne l’était jusqu’à présent. L’organisation d’un FMSD « off » a ainsi fourni aux participants la possibilité de prendre part à des activités/animations de culture scientifique et technique, de découvrir des initiatives proches du champ « Sciences et société », qu’elles soient locales ou internationales. Les étudiants de la FSHST se sont largement impliqués dans la mise en place et l’animation de cet espace et ont par ailleurs facilité de nombreux aspects logistiques pour le FMSD en tant que tel (de l’impression d’affiches et de badges à la mise en place des salles ou à l’accompagnement des participants).

Éléments quantitatifs et qualitatifs relatifs à la 3e édition du FMSD

Avec près de 500 participants venus d’une vingtaine de pays, le FMSD poursuit son déploiement. Encore une fois, les représentants du pays hôte étaient les plus nombreux. Nous pouvons déplorer le fait que l’Asie ait été sous-représentée (Inde et Japon étant les seuls pays représentés) malgré des tentatives d’approches. Il est à noter que de nombreux participants aux deux premières éditions du FMSD étaient présents à Tunis, garantissant par là-même une forme de continuité et rendant possible un approfondissement des discussions.

Du point de vue qualitatif, il apparaît clairement que les thématiques chères au FMSD (biens communs, responsabilité, analyse des technologies émergentes, recherche participative, enjeux éducatifs, etc.) atteignent un degré de maturation non négligeable qu’il va falloir valoriser. L‘aménagement du site internet du forum, le travail de diffusion et les outils collaboratifs mis en place par certains porteurs d’ateliers ont également eu leur rôle à jouer dans l’élaboration du programme des débats. Notons que le nombre de propositions d’ateliers a permis la mise en œuvre du principe d’agglutination propre aux forums sociaux, les organisateurs du forum favorisant les rapprochements entre acteurs travaillant sur un sujet similaire avant même la tenue du 3e FMSD. Cette progression indéniable dans le contenu mais aussi dans la forme ne doit pas cacher plusieurs réflexions que nous devons mener ou poursuivre (certaines ont émergé lors de la séance de clôture du FMSD et font partie du programme d’actions que nous aborderons par la suite) à savoir : Comment réussir à satisfaire des participants dont le niveau de connaissance des sujets est très variable (du néophyte au « professionnel de la question ») ? Comment valoriser les avancées qu’ont permises les trois éditions du FMSD et les événements associés ? Cela nous a amené et nous amènera à déployer un plan d’action et à refonder l’espace-réseau du FMSD pour en améliorer à la fois la portée et l’efficacité en matière de plaidoyers, d’actions et de réflexions.

Évolution du Forum Mondial Sciences et Démocratie au sortir de la 3e édition

Depuis 2009, le FMSD était structuré autour de trois entités à savoir un Secrétariat exécutif, un Conseil international et ceux que nous qualifierons, de façon un peu triviale, de « participants ». Dans la mesure où le stade de l’apprentissage mutuel est aujourd’hui dépassé, que les retombées du FMSD sont aujourd’hui plus à penser en termes de co-construction, de déploiement, de diffusion et de projets collectifs qu’en rencontres ponctuelles, nous effectuons un travail de mise en cohérence des activités et réflexions des différents acteurs du FMSD par la mise en place de commissions thématiques (avec mise à disposition d’outils collaboratifs et de bibliothèques virtuelles) et de commissions plus opérationnelles (communication, logistique, financement, structure…).

Cette solution nous semble appropriée pour permettre une « montée en régime » des réflexions et des propositions émanant du FMSD. Nous pensons que l’approche thématique conduira à un rapprochement entre les organisations, les institutions et les réseaux idoines, facilitera la mise en œuvre de productions communes et fournira l’opportunité aux « néo-entrants » intéressés par une thématique exclusive d’accéder aux contenus et aux réflexions des acteurs du FMSD voire de les nourrir. Chacun pourra aussi s’investir à hauteur de ses disponibilités mais prendre également des engagements vis-à-vis du collectif FMSD.

Cette idée sera doublée par différentes missions de sensibilisation au processus FMSD menées régionalement (rencontres avec des acteurs-clés dans un pays, un sous-continent, un continent, etc.) par les acteurs les plus impliqués du FMSD et le Secrétariat international – qui sera assuré par la Fondation Sciences Citoyennes dans la période de refondation de l’espace-réseau du FMSD.

Principales propositions du 3e Forum Mondial Sciences et Démocratie

Pour la première fois depuis son lancement en 2009, plusieurs propositions de fond ont émané des réflexions collectives (à l’évidence, le système de commissions mentionné plus haut en fournira de nouvelles) et ont été présentées publiquement lors de la session de clôture du FMSD le 25 mars 2013. Certaines d’entre elles ont déjà donné lieu à des actions concrètes et à des avancées non négligeables. Parmi ces propositions qui, rappelons le, sont des résultats directs des réflexions menées au sein du FMSD depuis quatre ans maintenant (ateliers in situ, rencontres internationales, etc.), nous pouvons citer :

  • La préfiguration d’un réseau international sur la Community Based Participatory Research (CPBR, Recherche participative à base communautaire) sur la base des travaux menés conjointement par l’Université de Toronto et la Fondation Sciences Citoyennes. Cette idée est portée lors de la sixième conférence Living Knowledge (Copenhague, avril 2014). Ce réseau serait le résultat direct d’une succession d’ateliers menés dans le cadre du FMSD.
  • La mise en œuvre d’une Université citoyenne, un programme universitaire international facilitant la mobilité des étudiants et proposant des cursus novateurs. À ce jour, quatre universités se sont engagées dans cette voie : l’Université El Manar de Tunis (Tunisie), l’Université d’Evry (France), l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal) et l’Université fédérale de Bahia (Brésil).
  • La participation des organisations membres du FMSD à une plateforme d’observation des technologies. Ce projet a été initialement élaboré par l’organisation canadienne ETC Group et sera étendu à tous les acteurs du FMSD désireux d’y participer. Cet observatoire vise à fédérer les informations et les expérimentations relatives aux technologies émergentes, en particulier la géo-ingénierie, les nanotechnologies et la biologie de synthèse.
  • La rédaction d’une publication collective (et d’un cahier d’acteurs) pour valoriser les avancées permises par le Forum Mondial Sciences et Démocratie depuis le lancement de notre initiative en 2007 mais aussi pour établir une liste de propositions et d’actions concrètes à mettre en œuvre dans le champ Sciences et Sociétés.

À ces quatre propositions majeures s’ajoute la conduite de réflexions qui, comme nous l’indiquions précédemment, s’inscriront dans le cadre de travaux en commissions. Parmi celles-ci nous pouvons mentionner la question de la place du FMSD dans l’agenda international « onusien » par exemple (un travail qui pourrait être réalisé en lien avec le STEPS Centre – Social, Technological and Environmental Pathways to Sustainability – de l’Université de Sussex) mais aussi comment le FMSD pourrait se positionner sur la question globale de la responsabilité.

Enfin, la session de clôture a vu la validation d’un des objectifs initiaux du FMSD, à savoir l’inclusion du FMSD au Forum Social Mondial pour ses prochaines éditions.

Portage des idées du Forum Mondial Sciences et Démocratie et partage des contacts

Le portage des idées véhiculées par le FMSD se fera pour l’essentiel via le site internet du FMSD, les réseaux sociaux et les différentes actions de communication, d’information et de formation des principaux protagonistes du FMSD (conférences, colloques, formations thématiques, publications, articles de presse, sites web). Comme nous aimons à le rappeler : « Le FMSD est nourri et se construit à partir des propositions et des activités des acteurs qui s’y engagent. »

Concernant le partage des contacts, il se fait de façon transparente entre la Fondation Sciences Citoyennes (FSC), secrétaire exécutif du FMSD, et les organisations qui en feraient la demande.

Conclusion

Le 3e Forum Mondial Sciences et Démocratie a été une réussite si l’on en croit les retours qui nous sont parvenus de la part de l’université-hôte (qui envisage de lancer une Association Sciences Citoyennes vu l’intérêt suscité par le FMSD auprès de la direction, des enseignants-chercheurs et des étudiants), des intervenants et des participants. Pour autant, et pour utiliser une métaphore rugbystique, il nous faut, après quelques mois de réflexions et de maturation des idées qui ont émergé à Tunis, « transformer l’essai » et déployer les moyens nécessaires au développement et au déploiement des thématiques et des valeurs du FMSD, en particulier au sein du FSM que les acteurs du FMSD ont décidé d’intégrer à l’avenir, ce qui constitue une avancée considérable et la validation d’un des objectifs initiaux du processus FMSD.

 

Fabien Piasecki
Secrétaire exécutif du Forum Mondial Sciences et Démocratie
Coordinateur à la Fondation Sciences Citoyennes
Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication

Disponible en / Available in: Anglais

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