Dakar 2011

Vous trouverez ci-dessous des éléments du bilan du 3e FMSD (Dakar, Sénégal).

Éléments quantitatifs

La seconde édition du FMSD a incontestablement marqué une avancée très importante dans l’élargissement et l’approfondissement du processus, tant en termes de nombres de participants, d’assiduité aux échanges, de qualité d’implications des participations, de nombres d’organisations et institutions présentes et représentées, d’équilibre entre scientifiques et acteurs de la société civile, et enfin de provenance géographique. Quelques éléments statistiques :

  • Participation pendant les deux jours du FMSD : environ 400 personnes
  • Nombre de pays représentés : au moins 32 (18 à Belém)
  • Nombre de pays africains représentés : au moins 14
  • Nombre de continents représentés : 5 (4 à Belém)
  • Nombre d’associations, organisations et fondations : entre 70 et 80
  • Nombre d’universités, de centres de recherches et de laboratoires : entre 50 et 60
Dakar 2011 (photo CRDI)

Atelier pendant le 2e FMSD (photo CRDI)

Éléments qualitatifs et premières analyses

La force et l’importance de l’ancrage local/régional

La première condition de réussite de cet événement réside dans le partenariat réalisé avec Enda-Diapol, ONG basée au Sénégal, dont le directeur avait été invité en janvier 2010 à l’occasion d’un événement français organisé dans le cadre du processus du FMSD, à la Bourse du Travail, et à l’occasion duquel son directeur, Moussa Mbaye, nous a fait connaître son accord de participer activement à la préparation du 2e FMSD, dans deux dimensions :

  • créer les conditions logistiques de la réussite de l’événement
  • favoriser l’implication et la participation des associations et des institutions scientifiques de la région (café causeries en amont, mise en débat auprès d’acteurs sociaux africains)

Enda-Diapol a donc naturellement intégré le Secrétariat international du FMSD et a plus qu’à son tour contribué à la grande réussite de l’événement, dans un contexte général d’accueil des activités du FSM difficile. Ce premier paramètre explique en grande partie la grande différence de qualité générale entre la 1ère édition, où aucun partenariat de cette nature n’avait pu être acté avec des partenaires brésiliens. Comme souvent, la qualité de l’implication et de l’ancrage local/national/régional du processus constitue le premier critère de réussite.

Enda-Diapol a, de par ses réseaux et son activité propre, pu et su concrétiser un partenariat institutionnel essentiel, avec le CRDI canadien, institution du gouvernement canadien qui a accepté de participer activement à faciliter la présence de chercheurs africains. La très grande majorité des acteurs africains qui sont intervenus lors de ce forum sont venus par le giron du CRDI. Le dialogue entre le SI et les coordinateurs du CRDI a été de très grande qualité dans un climat de confiance avéré.

Enfin, nos liens privilégiés avec les organisateurs du FSM de Dakar ont complété le tableau des liens entre le FMSD et les acteurs africains.

Environ une 100aine d’étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop ont suivi nos travaux et se sont, dans l’ensemble très peu exprimés lors des deux jours, plus facilement et plus activement à l’occasion de l’atelier organisé lors du FSM, le 8 février. Beaucoup d’entre eux ont laissé leurs coordonnées et feront partie des liens à renforcer dans les années qui viennent dans le cadre du renforcement des stratégies régionales du FMSD.

Enfin, pour clore cette partie, il est important d’évoquer que 2 autres régions ont, entre la 1ère édition et la 2nde, opéré des activités ayant permis d’ancrer le FMSD dans des espaces régionaux : le Forum Sciences et Démocratie du Québec, et le processus français. Nous en reparlerons plus bas, mais il s’agit là d’un véritable enjeu politique pour le FMSD : soutenir des activités régulières au niveau continental, voire plutôt sous-continental.

Éléments de lecture stratégique

Contrairement à ce que nous craignions, la présence des acteurs de la recherche fut bien plus massive qu’en 2009, avec 40% des participants, toutes disciplines confondues, même si les acteurs des SHS étaient dominants. En outre, et ceci est d’importance pour l’avenir du processus, la typologie majoritaire des chercheurs présents ne fut pas celle « d’outsiders », de marginalisés. En d’autres termes, le FMSD ne fut pas, en 2011, un espace d’expressions/de fédération des minoritaires de leur champ. Des directeurs de labos, des chercheurs « main stream » étaient présents, et majoritaires. Des « lanceurs d’alerte », « marginalisés » étaient également présents, et nous n’avons pas assisté à des confrontations « entre scientifiques », preuve que la nature/catégorie de l’espace a bien été comprise par tous les participants.

La participation active du CRDI est une preuve que cet espace parle autant à la frange « militante » et activiste de la recherche comme (à ?) des « mandarins ». Cet équilibre délicat permet, selon nous, une meilleure politisation des enjeux et des perspectives de partenariats et collaborations futures de meilleure qualité. Des directeurs d’IUT et autres directeurs de labo ont pu et su trouver leur place et les échanges post-événement montrent que des perspectives d’échanges permanents sont désormais possibles.

D’un point de vue communicationnel, ceci a aussi une incidence sur la ligne éditoriale, à savoir que nous ne considérons pas, comme une frange des mouvements sociaux le souhaiteraient, les scientifiques comme « du côté du manche » mais bien des travailleurs de la connaissance, qui, dans un contexte de pression grandissante, aspirent à retrouver des marges de manœuvre et profitent de l’opportunité d’échanges profonds avec les acteurs de la société civile pour rafraichir leur vision et leur engagement. Des intérêts mutuels bien compris d’une certaine manière. Il n’y a donc pas eu de « procès d’intention », pas d’invectives gratuites, pas de caricature de catégories d’acteurs par d’autres.

Ce constat est important car il laisse entrevoir des ouvertures assez intéressantes dans différents territoires (France, Espagne, Italie, Canada, Brésil notamment) sur des espaces de débats politiques plus ouverts. En ce sens la crise planétaire que vit le monde universitaire (incidence des réformes néolibérales, individuation de l’évaluation, pressions économiques et financières de plus en plus insupportables, hypertrophie bureaucratique) joue en faveur d’une ouverture de ces acteurs aux acteurs sociaux, perçus comme de potentiels alliés de luttes à venir.

A nos yeux, ceci constitue le premier élément de lecture et d’analyse stratégique à la fois du positionnement du FMSD et de son devenir. Le FMSD doit être un lieu de politisation et de visibilité des tensions du secteur, à la condition que le rapport des institutions à la société constitue une des préalables du débat.

Second élément de lecture stratégique. Dès l’entame de cette seconde édition, la question épistémologique a jaillie et a irrigué les 2 journées. C’est la  preuve que le double enjeu du rapport au savoir et de la nature des savoirs « utiles » constitue une préoccupation commune qui progressivement sur les deux journées s’est formalisée. Ce fut une surprise réelle, car nous ne pensions pas que nous parviendrions à ce point de « finesse » dans la définition des enjeux. Ceci est une conséquence, à notre avis, de la validité de la méthode ouverte choisie, de la qualité de l’animation des différents temps sur les deux jours et de la mise en confiance des acteurs et participants, sans exclusive ni pré-requis. La proposition faite par exemple, de créer un réseau sur l’innovation pédagogique dans les universités (nouveau curriculum) a remporté l’adhésion d’au moins 6 universités sur 4 continents. Dans le même temps, la proposition d’organiser une conférence des ONGs françaises sur les enjeux de la recherche, afin de sortir d’une posture majoritaire de « critiques des innovations technologiques » pour se diriger vers des interventions dans l’espace public sur les enjeux de gouvernance et de programme de recherche a, elle aussi, emporté l’adhésion et devrait, selon toute vraisemblance, se concrétiser début 2012, dans le cadre de la préparation de l’agenda 2012.

Cette « ouverture épistémologique » constitue le pilier sur lequel nous sommes parvenus (et devrions parvenir encore plus largement à l’avenir) à fédérer 4 catégories d’acteurs qui, jusque-là, étaient difficiles à mobiliser dans un même espace :

  • Acteurs associatifs de l’éducation populaire et des enjeux éducatifs en général
  • ONGs, mouvements sociaux critiques des techno-sciences
  • Institutions scientifiques
  • Institutions gouvernementales

La convergence de ces catégories d’acteurs crée les conditions d’une légitimation mutuelle, porteuse d’espoir dans le sens d’une meilleure définition des préoccupations communes et d’agendas de travaux communs.

Un indice politique révélateur – la présence des acteurs du FMSD dans le processus de convergence du FSM

Le Forum social mondial était structuré de sorte que l’essentiel du travail politique converge vers des accords entre grandes plateformes dans une optique de travail en commun et de mobilisation. L’une des assemblées qui a réuni le plus de monde fut celle organisée par les brésiliens d’IBASE, autour des enjeux de la Conférence Rio+20. 7 organisations/réseaux ont été invitées à s’exprimer, dont 5 étaient des membres actifs du FMSD. En ce sens, s’il convient de ne pas concentrer tous nos efforts sur les questions socio-écologiques mais bien sur les enjeux socio-scientifiques, force est de constater que le FMSD fédère des acteurs scientifiques et de la société civile dont la capacité à mobiliser, fédérer et à monter en généralité est incontestable. A cette occasion, nous avons également permis l’expression du réseau de jeunes YPSSI dont la proposition a elle aussi rencontré un bel écho.

Ce sera le dernier élément de ces premiers enseignements sur les dimensions stratégiques : la place des jeunes, la question du chômage des jeunes, leur paupérisation dans les « métiers de la connaissance », voire leur problème d’adéquation entre formation initiale et marché de l’emploi a fait irruption dès les premiers heures du FMSD et du FSM. La question sociale est entrée de plein fouet au FMSD et sera traitée désormais comme une question centrale. C’est aussi un très bel acquis de ce processus.

Programme du 2e FMSD

Liste des ateliers proposés pendant le 2e FMSD

Disponible en / Available in: Anglais

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